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Jeux Olympiques de Tokyo
Denis Boulanger - FFK
Brève
Publié le : 08/04/2019

S.Bouderbane : "Un moment très fort de ma vie de sportive"

Au lendemain de leur victoire à Guadalajara, nous avons interrogé nos trois nouveaux champions d’Europe seniors 2019. Sophia Bouderbane (-50kg), Alizée Agier (-68kg) et Steven Da Costa (-67kg) se livrent après une nuit à savourer leur titre européen. Premier entretien avec Sophia Bouderbane.

Opérée de la hanche en mai 2016, Sophia Bouderbane a retrouvé tout son potentiel, symbolisé par ce titre continental, à l’approche d’entamer la dernière année de qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Elle évoque avec nous ce long chemin pour retrouver le top niveau international ainsi que ses ambitions.

Sophia, dans quel état d’esprit tu es après cette victoire européenne ?

J’ai un peu de mal à réaliser … parce que je suis quand même championne d’Europe seniors ! J’avais été championne d’Europe chez les jeunes mais ça faisait un petit moment. C’est mon premier titre senior d’envergure. Je suis bien entendu satisfaite de mon parcours. De A à Z, j’ai réussi à m’exprimer sur le tatami, à mettre en place mon karaté … le karaté qui est en moi. Ces derniers temps, je m’étais rapprochée des podiums, et à Dubaï lors de l’étape Premier League de février, ça avait payé car je fais troisième. Au-delà du titre, qui est fantastique, je suis vraiment satisfaite de ce que j’ai mis en place durant toute cette compétition. Je me suis exprimée, je me suis fait plaisir et j’ai retrouvé ces sensations magnifiques sur le tatami.

" Ce type de compétition, c’est assez rare dans une carrière ... j'ai conscience d'avoir vécu sur ce championnat un moment très fort de ma vie de sportive "

Durant tous les éliminatoires, nous t’avons sentie ultra déterminée …

J’étais très concentrée, c’est vrai, très déterminée aussi. Je n’avais pas de doute. J’avais envie de le faire, d’aller au bout … et je ne pensais qu’aux moyens à mettre en place pour arriver à mes fins. Je ne pensais qu’à mes capacités, aux stratégies à mettre en place et je n’avais aucune pensée parasite ou négative. J’avais comme objectif d’être sur le tatami et de réaliser ce que je savais faire et tout cela a payé. Quand tout fonctionne comme cela, c’est beau, c’est magnifique. C’est difficile d’expliquer ce que l’on ressent à ces moments. J’ai eu des combats difficiles mais tout me semblait facile. C’est très paradoxal. Des compétitions comme cela c’est assez rare dans une carrière ... j'ai conscience d'avoir vécu sur ce championnat un moment très fort  ma vie de sportive !

Quand la veille tu as pris connaissance de ton tableau, tu ne t’es pas dit : « ça va être compliqué » ?

(sourire) Bizarrement, j’aime bien les tableaux difficiles (rires). Je ne sais pas pourquoi et il va falloir que je corrige cela pour la suite, mais j’élève mon niveau quand j’ai du beau monde en face ! J’avais peut-être une détermination encore plus forte car ça me tenait à cœur de passer l’Allemande Hubrich. Même si je ne l’a trouve pas plus forte qu’une Ozcelik, elle me posait des problèmes. Je ne l’avais jamais battu même si parfois c’était passé très près. A Tokyo, je perds aux drapeaux sur elle pour la place de trois (2/3) et cette fois-ci, je me suis dit que c’est pour moi. En demie, face à Serap Ozcelik que j’avais dominée à Shanghai lors de la Series A en fin d’année dernière, je partais mentalement avec un avantage. C’est une adversaire redoutable, et il faut rester vigilante, mais je savais que je pouvais le faire, que j’avais les armes pour la battre en demie. En plus, je savais qu’en dominant la turque je me qualifiais pour la finale, pour une nouvelle journée … Le tableau ne m’a pas fait peur, il m’a juste mis davantage dans ma compétition.  

Denis Boulanger - FFK
" Je n’avais pas envie de me mettre cette pression, même si porter cet écusson me tient à cœur. "

Le staff de l’équipe de France va t’intégrer au groupe pour Rabat, un soulagement ?

Yann, à la fin de la compétition m’a parlé des Premier League effectivement. J’y étais en début de saison et puis j’en suis sortie (pause) … ça m’a forcément fait quelque chose. J’ai continué ma route avec mon club. Je suis très contente de retrouver le collectif France, et j’espère pouvoir m’y inscrire maintenant dans la durée.

En amont de ce championnat, est-ce que tu t’es dit : « C’est ma dernière chance d’intégrer le collectif France » ?

Pas du tout. Je n’étais pas dans le pôle olympique à la base car je revenais d’un an d’arrêt suite à mon opération. Sur la saison 2017/2018, j’ai essayé de tout mettre en place pour le réintégrer mais ça n’a pas payé. Par exemple, le staff m'avait dit que si je faisais des performances en début d'année 2018 à Paris et Dubaï, je pourrais retrouver le groupe. Malheureusement je n'ai pas été à la hauteur sur ces deux moments. J’avais cette pression psychologique. Après ces deux échecs, j’ai alors essayé de me détacher de cela, même si bien entendu ça restait dans un coin de ma tête. Ce n’était plus un but ultime, l’idée était de me faire plaisir à nouveau sur le tatami, de retrouver mes sensations, de faire des performances  … en me disant que le reste viendrait naturellement. Donc avant ce championnat d’Europe, je ne suis pas partie dans cette optique de l’ultime chance. Je n’espérais pas réintégrer le groupe, même si en définitive, avec ma victoire ça devient maintenant logique. Je n’avais pas envie de me mettre cette pression, même si porter cet écusson me tient à cœur. Je savais que cette situation m’avait joué des tours par le passé et je ne voulais pas qu’elle se reproduise.

Aurélien Morissard - FFK

Tu boitais vraiment bas après ta victoire en finale, as-tu encore des séquelles de ton opération réalisée il y a trois ans ?

Oui, mais j’essaie de gérer tout cela au mieux en adaptant mon karaté et en écoutant mon corps sur les compétitions. Durant mes années jeunes, qui était très belles sur le plan national et international, je n’ai pas souhaité m’arrêter. Mes deux derniers championnats d’Europe où je gagne, j’étais déjà mal en point. J’ai décidé de me faire opérer avec l’accord du staff. J’ai eu une résection du fémur, on m’a enlevé une partie de l’os et j’ai subi une greffe du cartilage. C’est la greffe du cartilage sur la tête du fémur qui fait que l’opération a été très importante car le reste était sous arthroscopie. Ensuite, j’ai fait ma rééducation qui a duré plus longtemps que prévu, je suis aussi allée à Capbreton. J’ai fait un an sans karaté, alors qu’à la base je devais reprendre à six mois … donc psychologiquement, cette période a été très dure. Je suis revenue à la compétition en Juin 2017 à Tolède (Espagne) pour une Series A … et je gagne ! J’enchaine avec Istanbul et une belle troisième place. Par la suite, c’était plus compliqué. J’étais déterminée à revenir après cette année d’arrêt mais il fallait que je trouve également un équilibre d’entrainement. J’ai parfois des douleurs aux entrainements, aux compétitions … mais maintenant je sais mieux les gérer et je sais que j’ai ce petit handicap qui fait partie de moi. Tous les sportifs ont ce genre de pépins physiques plus ou moins graves … Au final, je pense qu’aujourd’hui c’est une force car je suis plus efficace dans ce que je fais et ça m’oblige à être encore plus concentrée et plus intelligente dans ma gestion.

Parle-nous des études que tu suis actuellement à Lyon. N’est-ce pas trop difficile de mener de front ce double projet ?

Je suis à l’INSA de Lyon en section sports-études, qui est une section spéciale qui me permet d’aménager mon emploi du temps pour pouvoir m’entrainer et continuer à poursuivre le karaté à haut-niveau. L’INSA est une école d’ingénieur qui demande énormément d’investissement. Je suis actuellement entre la troisième et la quatrième année en génie industriel. Tout se passe très bien. J’étais partie pour faire quatre ans en spécialisation au lieu de trois, et là, depuis ce semestre, de par mon projet olympique, j’ai demandé à mon école de pouvoir rallonger cette période pour pouvoir me consacrer encore un peu plus au karaté. Je fais un aller-retour par semaine pour m’entrainer au Pôle Olympique en tant que partenaire d’entrainement. J’arrive à concilier ce double projet grâce à mon dispositif et je remercie énormément mon école et notamment mon responsable de section, Eric Dumont, pour tout ce qu’il fait pour moi.

" Je ne me fixe pas de limites même si ces derniers temps je n’étais pas sur le devant de la scène comme j’ai pu l’être par le passé "
Sophia Bouderbane avec la Belt Of Hope / Denis Boulanger - FFK

Tu es également entourée par deux sponsors, qui on l’imagine sont importants dans ton suivi ?

Je suis membre du Team Michelin et de la Team Challenge FDJ. Pour Michelin, c’est par l’intermédiaire de l’INSA et de mon directeur de section haut-niveau que j’ai eu l’opportunité de postuler. Il y avait 1800 candidatures sur le plan national et ils ont choisi 24 athlètes … J’ai été retenue notamment pour mon profil de future ingénieure car à Michelin, je pense qu’ils peuvent-être intéressés. Ils m’ont proposé des stages, et cela débouchera peut-être sur une offre d’emploi. D’autre part, grâce à mon titre aux « Etoiles du Sport » en décembre 2017, où ma marraine était Anne-Laure Florentin, j’ai obtenu un partenariat avec la FDJ qui est aussi un team d’athlètes avec des projets intéressants. Ce partenariat m’aide aussi dans la réalisation de ma carrière d’athlète pour mener de front mon double projet qui est essentiel à mon équilibre. Dans les deux cas, je me suis retrouvée dans des équipes d’athlètes qui sont top. Nous avons tous un objectif commun dans un sport différent mais c’est bien de partager, d’échanger, pour voir les différences et parfois les complémentarités. C’est une force en plus, un soutien important, financièrement bien sûr mais pas seulement. Ce sont deux belles entreprises "à la française" que j'ai plaisir à côtoyer, c'est intéressant de voir de plus près ce monde pour la construction de mon futur projet professionnel. Je remercie vraiment mes deux partenaires pour tout ce qu'ils m'apportent et me permettent de vivre."

Tu as changé de club en septembre en intégrant l’AS Evry, pourquoi ce changement ?

J’ai intégré le club de l’AS Evry en début de saison. Un très beau projet a été mis en place avec notamment un partenariat pour la récupération, avec de la cryothérapie, la balnéothérapie … qui sont des aspects importants pour moi. Je connaissais bien Adrien Gautier avant d’arriver et je lui ai fait confiance … je vois que cela paye avec ces résultats en Premier League. Il y avait aussi Anne-Laure Florentin qui était dans le club ce qui est forcément un plus pour moi car nous sommes toutes les deux très proches.

Quelles sont tes ambitions maintenant que tu es championne d’Europe ?

Je ne me fixe pas de limites même si ces derniers temps je n’étais pas sur le devant de la scène comme j’ai pu l’être par le passé. J’ai ma qualification pour les Jeux Européens à Minsk (29 au 30 juin 2019) et j’espère à nouveau une belle performance sur cette compétition. Les Premier League vont également s’enchainer … il faudra être la mieux classée sur chacune d’entre elles pour gagner des points au maximum !

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