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Jeux Olympiques de Tokyo
Denis Boulanger - FFK
Brève
Publié le : 11/04/2019

S. Da Costa : "La meilleure réponse ? Sur le tatami !"

Au lendemain de leur victoire à Guadalajara, nous avons interrogé nos trois nouveaux champions d’Europe seniors 2019. Sophia Bouderbane (-50kg), Alizée Agier (-68kg) et Steven Da Costa (-67kg) se livrent après une nuit à savourer leur titre européen. Second entretien avec Steven Da Costa.

Très sollicité suite à l’annonce du COJO de Paris 2024, Steven Da Costa, après avoir défendu la discipline devant les médias, a répondu également sur le tatami en allant chercher sa seconde couronne européenne en individuel. Il réalise le doublé Monde/Europe en à peine 4 mois, et à seulement 22 ans. Le "petit prince" est encore devenu un peu plus roi !

Ta première impression suite à ce titre ?

J’avais déjà été champion d’Europe en 2016, donc c’est plus facile de réaliser. Je suis moins euphorique qu’après le titre mondial, car à Madrid c’était une première. Par contre, ce titre me tenait vraiment à cœur. Pourquoi ? Parce que cela faisait deux années de rang que je passais à côté. Perdre au premier tour d’une compétition majeure, deux fois de suite, … ce sont des mésaventures qui restent forcément en travers de la gorge.

Comment expliques-tu ces deux défaites prématurées ?

Honnêtement, c’est difficile à expliquer. C’était certainement dans la tête. Les Europe, c’était la compétition de fin de saison sportive. L’an passé, je n’avais rien fait avant donc je n’étais pas forcément en confiance. En 2017, je perds au premier tour avec l’une des pires compétitions que j’ai pu faire, que ce soit en individuel ou en équipe. J’avais à cœur de prouver qu’il s’agissait d’accidents de parcours et que je ne gagnais pas qu’à la maison.

" Maintenant, un point c’est un point, s’il faut aller le chercher, j’y vais. Il n’y a plus de question à se poser. Même si la technique ne me fait pas plaisir, je marque "

Justement, est-ce que la confiance a été la clé pour gagner ce championnat ?

Je suis effectivement sur une belle dynamique, avec l’idée à chaque fois de rester sur cette lancée ; de poursuivre cette série. Le titre européen, à la fin de ta carrière, c’est une ligne qui est gravée sur ton palmarès. Quand j’arrêterai, entre les victoires aux mondiaux et à l’euro, c’est ce que l’on gardera de moi. La confiance c’est bien, mais je sais que je ne suis pas intouchable, comme j’ai pu le voir après ma victoire. C’est toujours plaisant de voir ce genre de superlatifs … mais je sais que je vais perdre un jour où l’autre. Pour continuer à gagner, je dois rester sérieux. Il ne faut pas que je lâche maintenant car le chemin va être encore long.

Denis Boulanger - FFK

Ces derniers temps, tu sembles plus détendu, plus relâché tout en étant sûr de tes forces, comme lorsque tu combattais chez le jeunes ... et les victoires s'accumulent, une coïncidence ?

Quand j’ai quitté les catégories jeunes, j’étais dans une période où je me suis pas mal cherché. J’ai été très régulier en cadets/juniors, mais quand je suis monté chez les seniors, même si j’ai réalisé quelques performances, je n’ai pas retrouvé tout de suite cette continuité. Sur certains rendez-vous j’ai tout de même répondu présent : champion d’Europe à 19 ans, et derrière je fais troisième aux Monde à Linz … même si pour moi c’était une contre-performance. Sur les Premier League, je n’étais par contre pas régulier du tout. A cette époque, quand je ne marquais pas les points que j’avais envie de mettre, je lâchais et je passais à côté des compétitions. Alors que si je m’étais battu un peu plus, que je m’étais fait un peu plus mal sur ces moments … ces défaites se seraient transformées en victoires.

Maintenant, un point c’est un point, s’il faut aller le chercher, j’y vais. Il n’y a plus de question à se poser. Même si la technique ne me fait pas plaisir, je marque, j’y vais quand même en restant sérieux jusqu’au bout. J’ai repris un fonctionnement où je rigole, où je suis détendu comme avant … Quand j’arrive détendu, c’est là que je parviens à faire ressortir tout mon potentiel.

Tu as été très peu mis en difficulté sur ce championnat, comment tu l’expliques?

Je n’ai pas été en danger … mais en difficulté, si quand même. Les Europe, c’est très dense. D’entrée je prends Pokorny, l’autrichien, qui n’est pas n’importe qui. J’ai été en difficulté à tous les tours car mes adversaires sont dorénavant plus sur la défensive, ils connaissent mon karaté … c’est à moi de trouver des solutions pour marquer, ce qui implique que je dois parfois m’exposer. Tous les combats sont durs à ce niveau-là.

" Sur certains championnats, si on m’avait dit avant : « Ils vont gagner et toi tu vas perdre », j’aurai dit oui sans hésiter. "

Tu réalises que tu viens de remporter quatre épreuves majeures à la suite ? Qu'est-ce qui te motive ?

Quand je vais en compétition, c’est pour gagner. Quand il y a l’or au bout, le contrat est rempli. Je sais que j’apporte de la joie autour de moi avec les gens qui me suivent. Olivier (ndlr. Beaudry, son entraineur en équipe de France depuis de nombreuses années) par exemple, je sais qu’il kiffe, mes parents et ma famille aussi, tous les gens qui me suivent … après même si j’ai en effet gagné quatre fois à la suite, si je perds au Maroc, je serai dégoûté.

Denis Boulanger - FFK

On sent une forte complicité avec Olivier, on vous a vu rigoler avant la finale, vous chambrer, tu mets ton kimono une demi-heure avant d’entrer sur l’aire de compétition … peux-tu nous expliquer cette relation ?

Olivier c’est une façade (sourire) … on le voit rigoler mais au fond de lui il stresse (rires). Maintenant il me connait mieux donc ça passe, mais quand il m’a appelé avant la finale des Monde, que je passais dans dix minutes (sic) et que je n’étais pas dans la salle de chauffe, il n’était pas serein (sourire). On a une grande complicité. Je suis arrivé au Pôle de Chatenay-Malabry, j’avais 14 ou 15 ans. Il m’a pris sous son aile dès le départ. Après il ne faut pas se cacher, les médailles d’or, c’est un élément qui rapproche encore plus. Quand tu gagnes le titre à deux, c’est fort  … Mais attention, même dans la défaite il est là. Tout n’est pas toujours rose non plus.

Qu’est-ce qu’il t’apporte ?

De la confiance. Je n’ai pas envie de le décevoir. Ni lui, ni ceux qui se déplacent pour me voir combattre. Nous avons une relation particulière. Il arrive parfois que l’on aille au clash car il n’y a pas de filtre entre nous. Après, ça ne dure jamais bien longtemps et je sais que s’il a des reproches à me faire, c’est pour mon bien … On a vraiment une relation particulière. Je suis heureux de gagner ces médailles à ses côtés et je pense que c’est réciproque.

" La médaille d’or elle est avant tout pour les gens qui me soutiennent, avant d’être pour les gens qui nous tirent vers le bas ! "

Tes frères sont un peu moins bien en ce moment au niveau des résultats, comment le vis-tu ?

Quand l’un de nous ramène une victoire, c’est pour toute la famille. Après, j’avoue que si je gagne et qu’ un de mes frères perd, je profite moins … au lieu d’être fou de joie, je suis juste content car forcément ça me fait de la peine. Je ne suis pas quelqu’un d’égoïste et ça m’affecte si ça ne fonctionne pas pour eux. Sur certains championnats, si on m’avait dit avant : « Ils vont gagner et toi tu vas perdre », j’aurais dit oui sans hésiter. On vit ensemble, on s’entraine ensemble, ils font les même sacrifices que moi, donc quand ils ne sont pas récompensés, c’est parfois difficile à vivre. Ils savent que je suis derrière eux et que je le serai toujours. On ne fera peut-être pas tous les Jeux mais personne ne doit rien lâcher. Un jour ça va tourner pour eux, j’en suis persuadé.

Denis Boulanger - FFK

Un mot sur la décision de Paris 2024. Tu as été très sollicité. Avais-tu un besoin de prouver des choses sur le tatami ? Un revanche à prendre …

Les semaines avant le championnat, oui j’y pensais forcément. J’ai perdu beaucoup de jus à cette période même si il était important de défendre notre discipline. Il fallait que l’on en parle, que les gens nous entendent. J’ai raté pas mal d’entrainements à cause de ces sollicitations … Par contre, la semaine avant l’Euro, j’étais dans ma bulle, fixé sur l’objectif. Je ne suis pas venu à Guadalajara dans un esprit de revanche parce que à eux directement je n’ai rien à leur prouver. Au moins on montre que le karaté ramène des médailles d’or à la France … et c’est à mon sens la meilleure des réponses ! La médaille d’or elle est avant tout pour les gens qui me soutiennent, avant d’être pour les gens qui nous tirent vers le bas !

Comment te sens-tu physiquement et mentalement en cette fin de saison 2018/2019 où il reste encore quelques belles échéances ?

Je suis en forme, je ne suis pas fatigué … mais c’est vrai qu’il y a une période où je l’ai été avec ces sollicitations. J’ai fait mon travail d’athlète. J’ai défendu mon sport à 100% … personne ne pourra me le retirer. Après, honnêtement, j’aurai préféré être autant sollicité pour mon titre mondial, que pour avoir ma réaction suite à cette injustice. C’est un peu malheureux …

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