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Patrick Urvoy - FFK
Brève
Publié le : 17/09/2021

Gilles Cherdieu : « L’enjeu et les résultats en valaient la peine »

Entre Championnats d'Europes jeunes et Jeux Olympiques, les Equipes de France de karaté ont vécu un été 2021 si particulier. Le Directeur Technique National Gilles Cherdieu revient sur ces performances et se projette déjà sur les échéances à venir.

Après un été riche en événements, quel bilan peut-on tirer pour l’Equipe de France ?

La première des choses, c’est la médaille d’or ramenée par Steven Da Costa de cet événement historique que sont les Jeux Olympiques. Tous les karatékas l’attendaient mais on s’est aperçu qu’il y a également un vrai soutien populaire autour de cette aventure. Cette médaille glanée au Japon, berceau du karaté moderne, a fait tellement de bien au karaté français car nous n’avions jamais autant parlé de nous. Un autre point positif à retenir, c’est la reconnaissance du karaté à travers la nomination de Steven en tant que porte-drapeau. Lorsqu’il a été approché pour tenir ce rôle, nous étions tous heureux car la symbolique autour de ce choix était forte. Une décision comme celle-là ne peut que nous toucher au plus profond de nos êtres. Dans sa globalité, ces Jeux resteront une bonne expérience. Bien entendu nous pouvons toujours espérer mieux mais c’est un bon résultat. L’enjeu et les résultats en valaient la peine.

Comment se sont comportés les jeunes aux Championnats d’Europe juniors en Finlande ?

J’ai appris à me rendre sur ce genre de compétitions le plus humblement possible car les autres nations ont toutes progressé. Nous devons donc prendre notre place dans ce nouveau rapport de force. C’est le message que j’ai voulu faire passer aux entraîneurs nationaux. Nous souhaitons associer les entraîneurs de clubs aux performances des athlètes pour les mettre dans les meilleures conditions. Le bémol, ce sont les catégories juniors qui ont malheureusement manqué de résultats. En revanche, en particulier chez les cadets et les espoirs, j’ai trouvé et découvert une Equipe de France combative. Les résultats sont encourageants, avec une base bien présente. Je pense par exemple à Natanaële Flamand qui a fait preuve d’une pugnacité hors norme. Raybak Abdesselem qui s’impose avec la manière 8-0 en finale, c’est vraiment cette image d’une France qui ne lâche rien, qui se bat et qui gagne. Hairiss Hierso de son côté a montré beaucoup d’autorité. D’autres ont montré que c’étaient des athlètes d’avenir, notamment Faith Porquet qui a donné une bonne image de son club de Besançon. Les kata ont su aussi se montrer à la hauteur de l’événement. Alors oui, nous nous devons d’aller chercher de meilleurs résultats mais j’ai aimé l’état d’esprit, nous sentions quand ils montaient sur le tatami qu’ils venaient chercher la victoire et finalement sur ce championnat, nous n’étions qu’à un titre de monter sur le podium des nations. Ces compétitions doivent nous servir, dans notre relation avec les entraîneurs de club, à nouer des partenariats pérennes. L’Equipe de France est une et indivisible, elle est au-dessus de tout mais les athlètes doivent sentir un soutien général derrière eux : de la Fédération, des clubs, des élus, des partenaires et des Français.

La notion de groupe revient beaucoup dans le discours et cela se traduit par une multiplication des stages pour les athlètes seniors…

Avec le directeur des Equipes de France Yann Baillon et les entraîneurs nationaux, nous avons mis en place une stratégie où il y a des référents qui s’occupent de la performance technique et du suivi avec les clubs. Nous avons besoin de retrouver cette dynamique de groupe car elle a été quelque peu perturbée durant le processus de qualification olympique, en particulier avec la recherche de performance individuelle et la mixité des catégories de poids. Mais selon moi, c’était tout à fait normal car les sélections étaient ainsi faites et les équipes n’étaient pas concernées par les Jeux. La France n’a jamais été aussi forte que quand les équipes femmes et hommes de l’Equipe de France performaient, cela démontrait la force de ces groupes. Nous l’avons observé à Porec (ndlr : Championnats d’Europe seniors en mai dernier) où nous avons eu du mal à nous exprimer. Nous avons de fortes personnalités qui savent se mettre à la disposition du groupe. Le chemin est étroit mais il est là, nous le connaissons. Parfois, il suffit d’un rien pour que tout reparte de l’avant. En tout cas, les entraîneurs s’investissent encore plus et ils gèrent ce groupe en évoluant avec les changements perçus.


Pour cela, nous avons établi un collectif large dans lequel figure une dizaine de combattants susceptibles d’intégrer les équipes pour progressivement écrémer cette sélection et ne retenir que 7 athlètes hommes et 4 féminines pour les Championnats du Monde de Dubaï (16-21 novembre). Le timing est certes court mais il faut que nous soyons à la hauteur de notre statut de favori. Il faut assumer qui nous sommes et repartir de l’avant.

Quels ont été les premiers enseignements de ces stages ?

Nous avons rencontré nos voisins Belges, Luxembourgeois et Espagnols dans le but d’avoir de la concurrence directe. Cela a permis aux athlètes de montrer leurs capacités en conditions réelles, dans un environnement pas forcément favorable puisque nous nous rendions en Belgique et au Luxembourg. Nous avons vu beaucoup de travail, de nombreux encouragements entre les athlètes eux-mêmes. Ces stages ne mentent pas, nous sommes dans le vrai. Certains se sont révélés, d’autres ont été plus discrets et ce sont ceux chez qui nous avons entrevu cette fibre « collectif » qui seront choisis. Il faut se battre pour son coéquipier, donner le meilleur de soi-même et refuser à tout prix la défaite. Chez les garçons et chez les filles, nous faisons en sorte d’avoir des certitudes, que ces « 7 majeur » et « 4 majeur »  puissent se comprendre et puissent compter les uns sur les autres. Nous recherchons plus qu’autre chose un collectif fort.

Quel est le programme pour les prochaines semaines ?

Nous ferons des compétitions de préparation sans forcément passer par le circuit Premier League car nous souhaitons revenir à des compétitions nationales. A ma demande, les athlètes devront être prêts sur une journée et c’est dans cette optique que la prochaine Coupe de France combats (les 2 et 3 octobre prochains à la Halle Carpentier, Paris 13e) sera décisive dans notre choix : les sélections individuelles seront réalisées à l’issue de cette compétition. Si jamais un doute venait à subsister, alors nous organiserons des confrontations directes en stages de sélection terminaux, avec la présence d’arbitres internationaux. Mais autant que faire se peut, nous limiterons cette possibilité. Charge donc aux athlètes de prouver qu’ils sont les meilleurs dans leur catégorie pour s’éviter une échéance supplémentaire. Tout ce que nous voulons, c’est être sûr de pouvoir envoyer les meilleures chances pour représenter la France aux Championnats de Dubaï.

Steven Da Costa au Palais de l'Elysée

Quelques mots sur le combat mené par la FFK pour intégrer les prochains Jeux Olympiques de Paris 2024 ?

Tout simplement, cette décision doit être révisée ! Le COJO (ndlr : Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) français s’est arrêté à un principe de positionnement de nouvelles disciplines, nous pouvons le comprendre. De notre côté, nous avons 80 compétiteurs qui ont montré un beau spectacle à Tokyo et nous avons montré à travers Steven Da Costa une France qui gagne et qui performe. Quand je vois la ferveur qui l’entoure, les bienfaits de sa performance sur les Français, je me dis qu’il serait dommage de se priver de sa présence pour l’Equipe de France Olympique à Paris ! La semaine dernière, nous étions à Mont-Saint-Martin, sa commune d’origine, où une cérémonie était organisée en son honneur par Monsieur le Maire. Nous avons pu constater l’aura et l’importance que Steven a prise sur beaucoup de concitoyens, petits et grands d’ailleurs. Beaucoup de personnes ont été séduites par la beauté de ses combats et également par les valeurs véhiculées par notre art et son représentant. Dans la période actuelle, il me semble nécessaire de mettre en exergue des valeurs qui sont très présentes dans notre code moral. Alors oui, j’ai du mal à comprendre lorsque j’entends que les disciplines qui font le buzz sur les réseaux sociaux seront privilégiées alors que toute une nation et 240 000 licenciés se reconnaissent dans notre nouveau champion olympique. D’ailleurs, un sondage récent montre que 79% des Français ne comprennent pas pourquoi le karaté n’est plus une discipline olympique.


Ce sont donc des évidences que tout un peuple reconnaît mais un représentant, Tony Estanguet, refuse de les entendre. Ce monsieur est de ma génération et je me souviens avoir signé la pétition pour que le canoë-kayak réintègre le programme olympique à Sydney en 2000. Je ne peux pas dire que je regrette car il était une forte chance de médaille et donc un moyen de faire briller la France. Actuellement, Tony ne défend pas la France en faisant cela, il défend peut-être des intérêts autres mais il ne défend pas son pays. En tant que DTN, je le dis solennellement : lorsque nous voulons une France qui gagne, le karaté est incontournable et il a montré avec ses performances récentes et ses valeurs qu’il était à la hauteur des attentes. Le karaté français est un des meilleurs mondiaux. Alors pourquoi ne pas rassembler 80 athlètes sur 3 jours de compétition comme nous l’avons vu à Tokyo ? Surtout si c’est un magnifique spectacle avec de belles techniques de jambes, de poings et des kata impressionnants. Pourquoi priver tous ces licenciés de ce rêve olympique ? Ce vote de 2019 est une décision humaine mais nous pouvons toujours revenir sur nos choix : il suffit juste d’un oui. Je demande donc au CIO et à Tony Estanguet de réfléchir à nouveau, même si c’est compliqué, mais s’il y a bien une évidence sous nos yeux, c’est que le karaté peut largement faire partie des disciplines olympiques.

 

L'été France Karaté

Jeux Olympiques de Tokyo 2020, Japon

  • Titre olympique pour Steven Da Costa en -67kg homme
  • 7e place pour Alexandra Feracci en kata femme
  • 9e place pour Leïla Heurtault en -61kg femme

Championnats d'Europe Jeune (Tampere, Finlande)

  • 2 titres européens : Hairiss Hierso et Raybak Abdesselem
  • 3 médailles d'argent : kata par équipe homme, Jennifer Zameto Natanaële Flamand (espoir -68kg femme)
  • 4 médailles de bronze : Maï-Linh Bui, Faith Porquet, Thalya Sombe et kata par équipe femme