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Denis Boulanger - FFK
Brève
Publié le : 24/09/2021

Sophia Bouderbane : « Tous les voyants sont au vert »

Absente des derniers Championnats d'Europe à Porec, Sophia Bouderbane a profité de cette coupure forcée pour se faire opérer de la hanche au début de l'été. La championne d'Europe des -50kg 2019 nous donne de ses nouvelles après son stage au CERS de Capbreton.

Sophia, nous t’avions quitté lors des premiers test-matchs au CREPS en mars dernier, la mine des mauvais jours : comment vas-tu depuis ces 6 derniers mois ?

Oui en effet, les tests matchs coïncidaient avec ma reprise officielle mais je n’avais pas eu de bonnes sensations, je n’étais pas satisfaite. Malgré tout, cela m’avait permis de monter en régime en vue de la reprise internationale à la Premier League de Lisbonne (ndlr : début mai 2021). Mais, à un mois de la compétition, je prends un mauvais coup à l’entraînement qui me cause une commotion cérébrale. Derrière, un protocole strict se met en place où je dois cesser toute activité sportive pendant 1 mois, ce qui me prive de Lisbonne. Au-delà, je me rends compte que c’est une commotion plus importante que ce que j’imaginais où j’ai du mal à reprendre des exercices simples. Tenante du titre européen chez les -50kg (ndlr : à Madrid en 2019), je ne suis pas sélectionnée pour les Championnats d’Europe de Porec et je vois donc ma saison se finir plus rapidement que prévue. Dès lors, je prends la décision de me faire opérer de la hanche car cela me gênait depuis plusieurs mois dans la vie de tous les jours.

Peux-tu nous expliquer en quoi consistait ton opération de prothèse de hanche ?

L’opération avait lieu le 23 juin dernier et elle s’est très bien déroulée, c’est déjà un premier point ! C’est une prothèse de hanche sur-mesure, avec une technique spécifique qui n’a nécessité de ne couper aucun muscle. L’intégrité de mon articulation a été respectée et surtout, tout a été mis en œuvre pour que je puisse revenir plus forte et dans les meilleures conditions. Le but est de reprendre le karaté à haut-niveau, sans baisse de niveau par rapport aux dernières années. D’ailleurs, cela s’observe avec les différents résultats post-opération sur les dernières semaines : tout se passe pour le mieux et j’avance tranquillement.

C’est un problème qui datait de plusieurs années et malgré cela, tu parviens à avoir de bons résultats. Comment tu parvenais à gérer la douleur au quotidien ?

Après une première opération en 2016 où l’on m’avait enlevé un morceau de fémur et j’avais eu une greffe de cartilage, j’étais revenue en 2017 puis en Equipe de France en 2018. Cependant, j’avais toujours cette gêne et cela ne me permettait pas de m’exprimer pleinement. J’ai mis du temps à admettre que j’allais devoir combattre avec cette douleur, bien plus longtemps que ce qui était prévu. Paradoxalement, cette première opération m’a renforcée mentalement mais dans le même temps, j’ai dû adapter mes entraînements, privilégier le qualitatif au quantitatif. Je devais être plus efficace qu’avant et faire évoluer mon karaté en fonction. Cela m’a permis de sortir par exemple Ozcelik (ndlr : la Turque championne du monde et d’Europe en titre en 2019) en demi-finales lors de mon titre européen. J’avais des performances intéressantes mais j’étais frustrée, les douleurs étaient trop importantes par rapport au plaisir. En plus, avec la qualification olympique, la répétition d’événements aussi devenait vraiment problématique pour moi, je n’arrivais pas à être constante et à enchaîner.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cette opération et par la même occasion ?

Il y avait une double problématique : j’avais accepté de souffrir à un point inimaginable parce que l’enjeu des dernières années était très important avec l’arrivée du karaté au programme des Jeux Olympiques. J’y ai cru jusqu’au bout, je visais les Europe puis le TQO. Mais la commotion m’a freinée dans ma progression et j’ai le sentiment d’avoir donné tout ce que je pouvais pour revenir, cela n’a pas été suffisant. Après, il est vrai que cela allait plus loin que le tatami, dans le sens où c’était devenu même compliqué dans ma vie de tous les jours. J’ai aménagé tout ce que je faisais dans la vie par rapport au karaté mais à un moment donné, il a fallu se rendre à l’évidence et changer quelque chose car c’était devenu insupportable, surtout à 25 ans.

Tu viens de terminer un bloc de 3 semaines au CERS de Capbreton : pourquoi était-il important pour toi de venir ici ?

La décision de venir à Capbreton a été prise avec les médecins et la Fédération dans le but d’assurer une bonne prise en charge de ma rééducation. Après mon opération, j’ai eu des béquilles pendant 3 semaines mais j’ai pu marcher dès le lendemain ! J’ai ensuite réellement débuté ma rééducation dans un autre CERS, à Saint-Raphaël, où j’ai passé deux très bonnes semaines. Enfin, pour venir à Capbreton, il me fallait une recommandation et c'est Gilles (ndlr : Cherdieu, le DTN) qui l’a gentiment rédigé. Une opération, ce n’est jamais simple à digérer donc après 3 semaines passées ici, je suis contente de mon évolution. Tous les voyants sont au vert, le chirurgien est optimiste sur ma récupération du tonus musculaire et de la mobilité articulaire. A part quelques douleurs musculaires autour de l’articulation, ce qui est normal après une telle opération, je dois dire que ce n'est rien de comparable par rapport à ce que je supportais depuis 2016.

Comment se déroulaient tes journées ?

Le programme était identique tous les jours jour durant la première semaine et puis nous avons évolué sur quelques axes le reste du séjour. Je débutais toujours avec une heure de kiné le matin avec plusieurs exercices de rééducation avant de récupérer pour entamer au mieux mes après-midis. A 14h, je repartais sur des exercices de kiné, que ce soit du renforcement ou des simples soins, pour enchaîner ensuite sur de l’ergonomie. Le but principal de ma venue ici est de reprendre mes aptitudes de mobilité, surtout au niveau du bassin et des hanches car ce sont des éléments essentiels au karaté de haut-niveau. Je finissais toujours mes journées par une heure de piscine pour éviter de trop forcer sur ma hanche.

Tu dois avoir un calendrier en tête pour suivre l’évolution de ta rééducation ?

La première date était un mois après l’opération, à la fin juillet : j’avais besoin de la validation du chirurgien pour être sûr que tout était bien en place pour pouvoir accélérer le renforcement musculaire. Comme tout répondait bien, j’ai pu augmenter la cadence. Par contre, je reste encore limitée en termes de choc car il faut attendre que la cicatrisation osseuse avec la prothèse soit bien effective, ce qui prend en règle générale 3 mois. Après cela, si tout va bien, je pourrai reprendre début octobre les « chocs », c’est-à-dire les sauts et les sautillements, et recommencer à faire un travail de karaté.

Forcément, tu as du suivre les aventures de tes collègues à Tokyo : qu’as-tu pensé de la première du karaté aux JO et notamment de la performance des Français ?

J’ai trouvé que c’était une très belle prestation de notre sport. Nous avons pu voir de beaux combats avec de belles techniques : il n’y a que du positif à tirer de cette expérience. J’ai eu de nombreux retours de personnes qui ne connaissaient pas le karaté avant cet été et qui ont été agréablement surpris par le spectacle proposé par les karatékas. Ensuite, pour les Français, je sais à quel point le chemin a été long et difficile pour se qualifier donc bravo à eux d’avoir été présents au rendez-vous. Forcément, je suis un peu déçue pour Alexandra et Leïla mais elles peuvent être fières d’elles et de ce qu’elles ont produit. Et que dire pour Steven ? Un parcours magnifique ! Tout le monde l’attendait au tournant et il a su répondre présent le Jour-J, en plaçant des belles techniques. C’est très fort ce qu’il a fait, un grand bravo à lui !

Enfin, malgré cette compétition réussie, quel est ton sentiment sur la non-présence du karaté à Paris 2024 ?

C’est vrai que cette décision a été prise en 2019 donc nous le savions depuis un petit moment déjà… mais nous ne la comprenons pas en fait ! Les arguments ne sont pas clairs ou alors pas réellement justifiés. Ce qui est le plus dur et ce qui fait le plus mal au cœur, c’est le manque de reconnaissance envers notre sport dans notre propre pays. C’est très frustrant puisqu’à chaque fois que j’échange sur ce sujet avec des personnes dans le monde du sport, personne ne comprend cette décision. Par contre, je suis très contente et très fière de notre présence dans les médias actuellement et juste pour cela, on peut se féliciter d’avoir un champion olympique pour porter notre voix. Forcément, cela nous donne un peu plus d’espoir. C’est impossible que la donne ne change pas : aux vues du spectacle proposé à Tokyo, aux vues des valeurs de notre sport et du nombre important de licenciés au sein de la FFK, tous les critères sont largement remplis.